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7.3.07

Palerme se pare d'un nouveau joyau


Premier musée inauguré depuis 1954, il Convento Sant'Anna devrait faire date dans l’histoire du patrimoine artistique de la ville.


La ville de Palerme compte un nouveau musée. Une véritable perle qui devrait rapidement figurer parmi les lieux les plus visités de la ville. Après plusieurs années de travaux, pour un montant total de 13 millions d’euros environ, le couvent de Sainte-Anne de la Miséricorde rouvrait ses portes au public en octobre 2005. Et pour inaugurer ce nouvel espace muséal de plus de 4700 mètres carrés, répartis sur 29 salles, on avait choisi de consacrer une vaste exposition à l’un des plus importants paysagistes siciliens, Francesco Lojacono, à cheval entre le XIXe et le XXe siècles. L’exposition s’est achevée le 29 janvier 2006 et a remporté un franc succès auprès du public avec plus de 37 000 de visiteurs.

Depuis décembre 2006, le nouveau musée abrite l’ensemble de la collection de la Galerie d’art moderne, logée « provisoirement » depuis près d’un siècle dans une partie du théâtre Politeama. Une collection constituée essentiellement de peintures et de sculptures figuratives de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Des œuvres d’art certainement admirables, mais elles le sont d'autant plus dans ce splendide écrin dont elles viennent d’hériter.

Situé dans le vieux quartier des Lattarini, du nom du marché des droguiers Sûq-el-attârin de l’époque arabe, le musée donne sur la place Croce dei Vespri, où résidait le très impopulaire Giovanni di Saint-Rémy, Grand Justicier du roi Charles d’Anjou. Lorsque Palerme s’insurgea contre la domination angevine en 1282, lors de l’épisode dit des Vêpres siciliennes, son palais fut assiégé par le peuple en colère et quelque 2000 français périrent massacrés. Aujourd’hui, une plaque commémore la révolte des Siciliens précisément sur l’un des murs du musée.

En réalité, celui-ci est formé de la réunion de deux édifices contigus, le palais Bonet bâti au XVe siècle et le couvent à proprement parler adossé à l’église baroque de Sainte-Anne dont la première pierre fut posée en 1606. De style gothique catalan, le palais du riche marchand Gaspare Bonet devint rapidement un modèle de référence pour la construction d’autres demeures nobiliaires de la ville, comme le palais Abatellis qui abrite aujourd’hui la Galerie régionale de Sicile ou encore le palais Ajutamicristo. A noter, les fenêtres géminées de l’étage noble ornées de fines colonnes en marbre de Carrare et le portique à trois arcs ogivaux soutenus par des piliers octogonaux, qui sont autant de caractéristiques du style gothique catalan.

Les travaux ont également réservé de bonnes surprises, puisque l’on a découvert des plafonds de bois peints a tempera, datant probablement du XVIe siècle, cachés sous des plafonds en voûte d’époques successives. Les deux édifices ont subi, en effet, de nombreuses transformations au fil des siècles. En 1618, les franciscains, à qui appartenait le couvent, ont racheté le palais Bonnet qu’ils ont profondément modifié pour l’adapter à la vie de la communauté religieuse. La tour d’origine est ainsi devenue campanile, un escalier monumental a été ajouté pour accéder à l’étage noble de l’édifice ecclésiastique tandis que le jardin intérieur cédait la place à un vaste cloître avec colonnes de marbre gris et arcades en plein cintre, où les travaux de restauration ont permis de mettre à jour des fresques avec motifs décoratifs en rocaille datant du milieu du XVIIIe siècle.

Mais la beauté du lieu ne tient pas seulement à son passé. En effet, l’équipe chargée de sa revalorisation ne s’est pas contentée de restaurer des monuments chargés d’histoire. Elle a aussi cherché à les inscrire dans la modernité en leur attribuant une fonction bien actuelle et intégrée dans la vie de la communauté. C’est là, d’ailleurs, ce qui caractérise l’approche italienne en matière de restauration de monuments anciens. La question est complexe, car les sites à forte valeur historique et artistique sont si nombreux en Italie que le pays, surtout en ces temps de restrictions budgétaires, aurait bien du mal à trouver les financements nécessaires à leur rénovation. Il s’agissait donc de trouver un juste équilibre entre les exigences de la conservation, dont le but est de sauvegarder et valoriser l’identité de l’édifice, et celles de la modernité, en procurant à celui-ci un usage qui lui donne la possibilité de continuer à exister. Mission plus qu’accomplie avec ce musée du couvent Sainte-Anne. On a su non seulement respecter l’âme du lieu et mettre en valeur ses différents éléments architecturaux, mais on a également su lui insuffler une nouvelle vie en créant un espace muséal moderne, doté de toutes les installations nécessaires (espace consacré aux expositions temporaires et aux activités didactiques, librairie, cafétéria, etc.).

De plus, les architectes chargés de la restauration ont adopté un point de vue particulièrement original, auquel on n’est peu habitué en France : plutôt que de vouloir à tout prix reconstituer une peinture murale dans sa totalité, par exemple, on préfère en garder les parties les plus significatives ou les mieux conservées et de laisser le visiteur libre d’interpréter et d’imaginer le reste. On choisit de garder une trace de l’œuvre telle qu’elle était représentée à un moment donné de son histoire et de l’insérer parmi d’autres traces d’époques successives, en un mélange subtil de regards qui se superposent. Comme ce fragment de frise, datant du XVIIIe siècle, restauré et laissé là, trônant tout en haut d’un mur immaculé, à quelques centimètres d’un plafond de bois peint, venant souligner tel un point d’orgue les toiles de l’exposition.

Pas de doute, le couvent Saint-Anne est un bijou d’architecture retrouvée qui vient embellir une ville dont l’immense richesse historique et artistique ne cesse de nous surprendre.


Article paru sur le site du magazine Ulysse

19.10.06

Un musée au charme indéfinissable


Le Musée régional d'histoire naturelle et de la charrette sicilienne, dit Palazzo d'Aumale, est plutôt récent, puisqu'il a été inauguré en 2001. Il est situé à Terrasini, à 25 kilomètres environ à l'ouest de Palerme, un charmant village de pêcheurs qui possède l'une des plus belles côtes sur la mer. L'été, ses plages de rochers, Cala rossa, et sa mer cristalline attirent de nombreux Palermitains et touristes. Pourquoi l'appelle-t-on Palazzo d'Aumale? Eh bien, tout simplement parce qu'il appartenait au duc d'Aumale, qui n'était autre qu'Henri d'Orléans, quatrième fils de Louis-Philippe, roi de France, et Marie-Amélie de Bourbon. Outre sa carrière militaire et politique, ce fut un éminent historien élu à l'Académie française, un collectionneur éclairé et un brillant homme d'affaires. En 1853, il avait racheté l'édifice qu'il fit agrandir ainsi qu'un vaste domaine de 6000 hectares, il feudo dello Zucco, pour se lancer dans la production et le commerce du vin. Sous son impulsion, le cépage du Zucco produisit un excellent vin, plutôt fort puisqu'il était envoyé en France pour couper les vins à faible degré d'alcool. Aujourd'hui, le musée abrite une superbe collection d'histoire naturelle (oiseaux, papillons, coquillages ; les fossiles sont particulièrement impressionnants), d'archéologie (principalement des amphores retrouvées dans les fonds sous-marins au large de Terrasini) et surtout de magnifiques charrettes siciliennes, richement décorées, élément incontournable du folklore sicilien. Toutes ces collections sont présentées et agencées de main de maître, faisant de ce lieu une véritable perle de petit musée. Et si je vous dis que le Palazzo d'Aumale est situé non loin de la réserve de Capo Rama, un petit paradis sauvage qui surplombe la mer, vous n'aurez plus aucune excuse pour ne pas vous rendre en ces lieux enchanteurs pour une balade hors des sentiers battus.

9.3.06

L’hôtel-musée d’un mécène génial




Inoubliable, unique au monde, stupéfiant, magnifique, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier l’hôtel l’Atelier sul Mare, situé à Castel di Tusa, petit village sur la côte à mi-chemin entre Palerme et Messine. De fait, on n’a jamais rien vu de pareil. Ici, on est loin de l’anonyme froideur d’une banale chambre d’hôtel. On pénètre, au contraire, dans l’univers génial d’un excentrique au grand cœur, féru d’art contemporain, dont l’objectif est de partager sa passion avec le plus grand nombre. Sur les quarante chambres que compte l’établissement, en effet, 15 sont des « chambres d’art », conçues et réalisées par des artistes de renommée internationale, sous la houlette du mécène et maître de céans, Antonio Presti. Ce fils de constructeur immobilier a quitté le monde des affaires à la mort de son père pour se consacrer entièrement à la diffusion de l’art et de la bellezza. « Mon objectif est de communiquer une émotion, car là où il y a émotion, il y a vie, il y a beauté », explique le mécène.

En 1986, il inaugurait déjà la première œuvre de la Fiumara d’Arte, sorte de vaste musée à ciel ouvert où des sculptures monumentales, réalisées là encore par de grands noms de l’art contemporain, sont disséminées le long d’un territoire qui s’étend sur une vingtaine de kilomètres dans la superbe vallée des monts Nebrodi, dans les environs de Castel di Tusa.

L’hôtel, pour sa part, va bientôt fêter ses 27 années d’existence, les premières chambres d’auteur (Il Nido par Paolo Icaro et Mistero per la luna par Hidetochi Nagasawa) ayant vu le jour en 1990-91. La toute dernière doit être livrée en mars prochain. Elle s’intitulera Io sono acqua, sera conçue par l’artiste Agnese Purgatorio et inaugurée par Danielle Mitterrand en personne, dans le cadre de son action en faveur de l’eau, à travers sa Fondation France-Libertés.

Aucune de ces chambre n’est identique, la seule contrainte imposée à l’artiste pour l’aménagement de l’espace étant de fournir à l’occupant de quoi dormir et se laver. Certaines ont un lit triangulaire, d’autres circulaire et rotatif, d’autres encore mobiles. Mais presque toutes bénéficient d’une vue absolument imprenable sur la mer, distante d’une dizaine de mètres à peine, qui fait bien souvent partie intégrante du décor. Et que dire de la chambre aménagée par Raoul Ruiz, La torre di Sigismondo, située dans une tour dont le plafond s’ouvre entièrement sur le ciel étoilé ? Le cinéaste chilien a d’ailleurs utilisé cette chambre pour le tournage de son film Viaggio clandestino - Vite di santi e di peccatori en 1994.

Conscient de la richesse artistique de son hôtel, le directeur offre la possibilité à ses clients – dans les limites disponibles, naturellement – de changer de chambre chaque nuit au cours de leur séjour. « Le véritable voyage s’effectue à l’intérieur de l’hôtel et mis à part quelques plongeons dans la mer toute proche, les clients passent le plus clair de leur temps dans nos murs », raconte M. Presti. Lorsque l’on sait ensuite que l’on y sert des plats typiques de la gastronomie sicilienne, notamment une excellente pasta coi broccoli e pinoli, à base de choux-fleurs, pignons de pin et raisins secs, préparée par la cuisinière de la maison, la signora Maria, on comprend aisément qu’on ait du mal à quitter les lieux.

La salle du restaurant sert aussi de salle d’exposition d’art contemporain. En outre, il est également possible d’y suivre des ateliers de céramique, tenus par des artistes de la région, haut-lieu de la céramique traditionnelle sicilienne (Santo Stefano di Camastra se trouve à 10 kilomètres). Ouvert toute l’année, l’établissement accueille une clientèle internationale et pratique une politique des prix délibérément basse (90 euros la nuit en chambre d’art, petit déjeuner compris, contre 60 en chambre standard). A ce prix, cependant, il ne faut pas s’attendre à disposer de services supplémentaires : ni télévision ni minibar dans les chambres. En revanche, les clients pourront prochainement tester un ascenseur d’un genre nouveau : pour accéder à l’étage souhaité, ils devront entonner le ôm indien, sinon point d’envol ! C’est là la dernière invention mise au point par Antonio Presti, qui sera installée dès que les fonds nécessaires seront réunis. Mais l’homme a plus d’un tour dans son sac et pourrait réserver encore bien des surprises à ses semblables.


Infos pratiques :
Atelier sul Mare
Via Cesare Battisti, 4
98079 Castel di Tusa (ME) – Italie
Tel : 0921 334 295
Fax : 0921 334 283
ateliersulmare@interfree.it



Article paru dans le magazine Ulysse n°107 (mars-avril 2006)