18.10.08

Peppe Genna, le poète des salines



A quelques encablures de Marsala, un personnage haut en couleur, comme il en existe seulement en Sicile, déclame des poésies tout en taillant d'étonnantes sculptures de pierre.



Giuseppe Genna, ou Peppe pour les intimes, a fait tous les métiers: cordonnier, mécanicien, chauffeur, plombier, jardinier, cueilleur d’olives… « Dall’Attore alla Zappa » (littéralement « de l’acteur à la houe », les Italianophones apprécieront !), comme se plaît à rappeler ce joyeux sexagénaire. La faim l’a même conduit en Suisse et en Allemagne, mais il avait trop la nostalgie de sa Sicile natale et a préféré revenir dans ce petit coin de paradis, à quelques encablures de Marsala.


Tous les matins, Peppe se gare sur le parking de l’embarcadère des salines Infersa, devant l’île de Mozia, et déballe sa marchandise: d’étonnantes petites sculptures qu’il taille dans la pierre et le tuf et qu’il expose sur le toit et le capot de sa vieille Fiat; ou des balais et des brosses qu’il confectionne avec des feuilles de palmiers nains (la « giummara »), selon une technique transmise par son père et, avant lui, son grand-père.


Mais sa plus belle marchandise, sans nul doute, ce sont les poésies que cet autodidacte d’humeur toujours joviale déclame en dialecte sicilien. Son thème de prédilection? Sa terre et plus particulièrement Mozia, « l’antenna del mondo », puisqu’ici on vient des quatre coins de la planète pour admirer une nature unique et enchanteresse, protégée au sein de la Riserva naturale dello Stagnone. Le « poète des salines » chante aussi les louanges de l’or blanc car « cosa vale una minestra senza sale? » (que vaut une soupe sans sel ?), comme le rappelle si bien l’artiste.


Quant aux salines Ettore e Infersa, elles méritent incontestablement le détour: déjà Voltaire, en son temps, avait fait l’éloge de ces établissements fondés par les phéniciens qui perpétuent une technique de récolte du sel 100% naturelle. A voir les silhouettes des vieux moulins se détacher sur le rose des bassins et le blanc des montagnes de sel, on comprend aisément où Peppe puise son inspiration.



Ci-dessous, une sélection de poésies récitées par Peppe Genna:

« Mi presento »
« Marsala »
« U puntu cchiù beddu du mundu »
« L’uomo dello Stagnone »
« Terra Mia »
« Sale »


23.8.08

Ils sont beaux, mes coléos !



Pari réussi pour Vittorio Aliquò, entomologiste passionné, qui invite les visiteurs à une superbe leçon de choses.


C’est ce que j’aime avec la Sicile : on se promène gentiment le nez en l’air et voilà que l’on tombe, par hasard, sur une pure merveille, un trait de génie ou une initiative insolite ! Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé cet été à Petralia Soprana, un charmant petit village perché sur les hauteurs du Parc des Madonie, une région montagneuse culminant à 1979 mètres au Pizzo Carbonara et située au sud de Cefalù, à une heure et demie de route de Palerme.

Le Palazzo Pottino, un palais du XVIIe siècle qui donne sur la place principale du village, abrite une exposition unique en son genre, qui changera à jamais votre regard sur les insectes. Insecta, exposition entomologique sous la direction de Vittorio Aliquò, rassemble, en effet, une superbe collection de coléoptères, d’une richesse impressionnante et d’une rare qualité didactique : des centaines de coléoptères et scarabées, de toutes les tailles (le plus gros mesure 13 cm !) et de toutes les couleurs (voir diaporama ci-dessous). Il y en a même un complètement doré, et un autre argenté, si étincelants qu’on dirait des bijoux. On aurait presque envie de les monter sur bagues !

Outre l’incontestable plaisir de découvrir ces minuscules merveilles de la nature, le visiteur pourra également satisfaire sa curiosité grâce aux explications claires et détaillées accompagnant les différentes vitrines. Je recommande aux italianophones de se procurer le petit catalogue de l’exposition : on y apprend notamment que « selon le dernier rapport sur la biodiversité, les naturalistes ont recensé environ 1 750 000 espèces d’animaux pluricellulaires, dont au moins 1 000 000 sont des insectes, et de ceux-ci plus de 450 000 appartiennent à l’ordre des coléoptères... Cela signifie que le monde des insectes, et plus particulièrement celui des coléoptères, domine de loin tous les êtres vivants. En comparaison, l’ordre des mammifères, à laquelle l’homme appartient, semble insignifiant, avec moins de 4000 espèces ».

Avec quelques très belles églises, Petralia Soprana mérite certainement qu’on s’y attarde, d’autant plus qu’un parcours acrobatique dans les arbres, le Parco Avventura, vient de s’installer dans la forêt en contrebas, à la sortie de Petralia Sottana. Pour ceux qui souhaiteraient passer la nuit, une seule adresse : Al Casale (Tel : + 39 0921 64 1973, alcasalefl@libero.it), un bed & breakfast situé au cœur du quartier médiéval.

9.7.08

La tête dans les olives... et les papilles en émoi




Les Parisiens ont bien de la chance : depuis avril dernier, ils peuvent venir s’approvisionner en huile d’olive extra-vierge en provenance directe de Sicile.

Retenez bien cette adresse : 2 rue Sainte Marthe à Paris dans le Xe arrondissement. Une adresse que les gourmets ne vont pas tarder à s’arracher ! Mieux encore, il y a de fortes chances que vous risquiez de ne plus pouvoir vous en passer une fois que vous aurez goûté au nectar vert proposé par La Tête dans les olives. Car c’est bien le fin du fin en matière d’huile d’olive que Cédric Casanova sélectionne et fait venir tout droit de Sicile dans sa petite boutique située à quelques pas de l’hôpital Saint-Louis. A l’instar d’un célèbre Gaulois, ce passionné, moitié parisien moitié sicilien, est tombé dans l’or vert quand il était petit ! Résultat, ce sont plusieurs hectolitres d’huile d’olive extra-vierge qui attendent les chalands au 2 rue Sainte Marthe.

Et pas n’importe quelle huile d’olive s’il vous plaît ! puisqu’il s’agit de la Nocellara del Belice qui bénéficie d’une Appellation d’origine protégée (AOP), de la Biancolilla et de la Cerasuola, toutes produites dans une région à cheval entre les provinces de Trapani, Agrigente et Palerme. Avec une acidité ne dépassant pas 0,15%, une couleur verte aux reflets dorés et un parfum d’olives tout juste pressées, la Nocellara del Belice possède une saveur fruitée intense, avec une pointe légèrement amère et piquante. Toutes ces huiles sont d’une rare qualité, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, si ce n’est en Sicile directement. Car les producteurs qui confient leur huile à Cédric Casanova sont avant tout des amoureux de leur terroir et respectent le cycle naturel de l’olive. Ils travaillent au rythme des saisons sans jamais chercher à forcer la terre ou les arbres. Leur production se veut « chargée de sens » comme aime à répéter le patron de La Tête dans les olives.

L’originalité de ce petit magasin réside aussi dans le fait que l’on peut acheter son huile en vrac, c’est-à-dire venir avec son propre conteneur et le remplir de l’huile de son choix (à partir de 12 euros le litre). Ou acheter une huilière en acier inoxydable d’une capacité de deux litres, si jolie que l’on peut même l’amener à table. Bien sûr, on y trouve également de l’huile déjà embouteillée (à partir de 10 euros le demi-litre). Sans oublier d’autres produits typiques de Sicile, comme des tomates séchées, des fromages (notamment un fameux cacciocavallo), de l’origan, des câpres au sel et, évidemment, des olives.


LA TETE DANS LES OLIVES
2, rue Sainte Marthe - 75010 Paris
Métro : Colonel Fabien, Goncourt ou Jacques Bonsergent.
Bus : 75, 46 - arrêt : Hôpital Saint-Louis
Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 19h
Et le samedi de 11h à 18h
Pour plus d’infos, voir le site www.latetedanslesolives.com

4.1.08

Le Caravage s'expose à Trapani


Du 15 décembre au 2007 au 14 mars 2008, le Musée régional Conte Agostino Pepoli de Trapani présente une exposition inédite consacrée au peintre italien.

Depuis quelques années déjà, la ville de Trapani, située sous la pointe occidentale de la Sicile, s’efforce de jouer un rôle de tout premier plan dans la vie économique et culturelle de l’île. Comme en témoigne l’étape de l’America’s Cup en septembre 2005 qui avait été l’occasion d’une profonde transformation et d’un grand nettoyage de son port et de ses abords. Pendant quelques jours, un air de fête avait soufflé sur cette petite cité de 70 000 habitants qui avait alors pris des allures de ville internationale.

Aujourd’hui, le Musée régional Conte Agostino Pepoli de Trapani accueille une très belle exposition temporaire consacrée au Caravage pour commémorer le 400e anniversaire du séjour du peintre baroque en Sicile. Intitulée « Le Caravage, l’image du divin », elle présente pas moins de 14 œuvres du père du clair-obscur, dont une deuxième version des Tricheurs (voir photo), découverte récemment par Sir Denis Mahon, éminent collectionneur et spécialiste du peintre lombard.

Le musée Pepoli se trouve dans un ancien monastère des Pères Carmélites fondé au XIVe siècle et abrite une superbe collection de pièces d’orfèvrerie (notamment de corail), de majoliques et de crèches, qui ont fait pendant longtemps les riches heures de l’artisanat local.

Rappelons qu’en 1609, peu de temps avant sa mort, Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit le Caravage, a peint une Nativité pour l’autel de l’Oratoire de Saint-François à Palerme, où elle était restée depuis sa création. Malheureusement, la toile fut dérobée par la mafia dans la nuit du 18 octobre 1969. La municipalité de Palerme a beau consacrer sur son site une page qui les a vues pour alerter la population sur les œuvres d’art volées dans la ville, personne n’a plus jamais revu cette œuvre tardive du Caravage.

16.11.07

Profession : âne éboueur à Castelbuono



Une petite ville, dans la chaîne montagneuse des Madonies, fait appel à des ânes pour ramasser ses ordures.

Lorsque Mario Cicero (à gauche de l’âne sur la photo), le maire de Castelbuono, une petite ville de moins de 10 000 habitants située dans la province de Palerme, a lancé son opération des ânes pour sauver le monde au début de l’année 2007, l’initiative n’a pas manqué de faire sourire. Mais l’édile a tenu bon et rassuré, au passage, les défenseurs des animaux qui avaient aussitôt protesté contre l’exploitation et les mauvais traitements éventuels de ces employés municipaux d’un nouveau genre. Aujourd’hui, on ne compte plus les articles, les reportages TV et autres récompenses pour faire l’éloge des ânes écologiques.

Pour voir le reportage d’une télévision italienne, cliquez ici

La municipalité n’en est pourtant pas à son premier ballon d’essai. Elle a même une longue tradition de bonnes pratiques fondées sur le respect et la protection de l’environnement. En 1994 déjà, elle dotait la ville d’une station d’épuration d’eau, faisant de Castelbuono l’une des rares villes siciliennes à rejeter de l’eau propre dans la mer. Puis des panneaux solaires ont été installés sur le toit de plusieurs écoles. On prévoit également la construction d’une station de compost pour produire de l’engrais à partir des déchets humides et réduire ainsi l’utilisation d’engrais chimiques. Sans oublier l’énorme succès remporté par le tri sélectif au sein de la population.

C’est donc en toute logique que le maire a décidé d’aller plus loin en remplaçant une partie des camions-bennes à ordures par des ânes. L’idée est simple. Non seulement on retire de la circulation des véhicules polluants et bruyants, mais on réalise aussi des économies substantielles: à l’achat, un camion vaut 30 000 euros, tandis qu’un âne, de race ragusaine, coûte entre 700 et 1500 euros. De plus, entre l’assurance, la vignette, les frais de carburant et d’entretien, le coût annuel d’un camion s’élève jusqu’à 8000 euros, alors que celui d’un âne ne dépasse pas 2000 euros. On estime que trois bêtes suffisent à remplacer deux camions et qu’elles ne mobilisent que trois employés contre quatre pour les bennes.

Pour voir les ânes en action, cliquez ici

Les animaux sont équipés de deux caisses de bois, flanquées de chaque côté, pour y stocker les ordures et ne transportent pas plus de 100 kilos par voyage. Ils travaillent cinq heures par jour (moins qu’un employé, précise la municipalité) et sont soumis à des visites vétérinaires régulières. Ils sont guidés par des éboueurs rebaptisés "opérateurs écologiques" et permettent d’accéder, dans cette petite ville de montagne aux ruelles étroites, à des endroits d’ordinaire inaccessibles aux camions. Depuis leur entrée en fonction, les baudets de Castelbuono ont déjà collecté plus de 140 tonnes de déchets.

19.10.07

Embarquement immédiat pour Palerme



Vite, il vous reste encore quelques jours pour profiter d’une série de manifestations uniques dans la capitale sicilienne !

Message à tous les petits vernis qui auraient eu la bonne idée de programmer des vacances en Sicile ces jours-ci : ne manquez surtout pas l’initiative exceptionnelle lancée par l’Université de Palerme pour fêter son bicentenaire ! L’institution palermitaine a, en effet, décidé d’ouvrir les portes de tous les sites historiques, artistiques, religieux et culturels qui figurent dans son patrimoine immobilier. L’opération, baptisée le Vie dei Tesori, présente 14 lieux, inaccessibles au public la plupart du temps.

Au Palazzo Steri, ancienne demeure d’une grande famille de la noblesse sicilienne bâtie au XIVe siècle et aujourd’hui siège institutionnel de l’Université, on pourra admirer un célèbre tableau, la Vucciria, du peinte sicilien Renato Guttuso. Mais le palais est aussi tristement célèbre pour avoir été, pendant près de deux siècles, le siège de l’Inquisition en Sicile. C’est là, en effet, que les hommes de Torquemada torturaient et suppliciaient leurs victimes, retenues dans une prison secrète dont les cellules ont été récemment restaurées. On peut ainsi y découvrir le témoignage poignant et sinistre des prisonniers qui y ont laissé graffitis, prières et dessins. Quelques dizaines de mètres plus loin, on visitera l’Hôtel de France, tout juste restauré, qui accueillit nombre de clients prestigieux, dont Sigmund Freud et où seront logés les professeurs étrangers invités par l’université.

Autre curiosité à découvrir, la crypte des Repenties, récemment retrouvée, où étaient enterrées dès le XVIe siècle d’anciennes prostituées et courtisanes devenues religieuses. Citons encore la Chapelle des Charpentiers, dans les locaux de l’Université de Jurisprudence, trésor baroque tout en stucs, putti et autres festons réalisés par les frères Serpotta ; le superbe Observatoire astronomique ou encore l’ancien Couvent Sant’Antonino, avec son étonnant moulin en bois massif, sans oublier le très riche Jardin botanique, l’un des plus importants d’Europe, qui possède une superbe collection de ficus, dont le fameux ficus magnolia, de palmiers et de bambous ainsi qu’une vasque monumentale remplie de lotus et de nymphéas (photos). Le week-end, de nombreuses manifestations artistiques et culturelles sont proposées sur les lieux, à condition d’avoir réservé sa place. Retrouvez toutes les informations sur le site.

22.9.07

Appel de Camilleri suite...



Le projet de prospection pétrolière pourrait reprendre dans le Val di Noto, alors que l'écrivain sicilien s'exprime sur la lutte contre le racket.

En Sicile, il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers. Certains d’entre vous se souviendront peut-être de l’appel lancé par l’écrivain Andrea Camilleri contre un projet de forages dans le Val di Noto déjà évoqué sur ce blog. Ce haut lieu du baroque sicilien, pourtant inscrit au patrimoine de l’humanité de l’Unesco était menacé, aussi aberrant que cela puisse paraître, par une vaste opération de prospection pétrolière dirigée par une compagnie américaine, la Panther Eureka. La mobilisation générale, voire internationale, avait fini par avoir raison du projet. Mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté et l’avidité des requins du pétrole. Car voilà que le Tribunal administratif de la région a validé fin août un recours présenté par la société américaine, qui pourrait ainsi commencer une partie des forages prévus, comme le raconte un article du quotidien italien la Repubblica. Les Verts ont immédiatement réagi, déclarant qu’ils n’hésiteraient pas à servir de bouclier aux engins, tandis que Salvatore Cuffaro, président de la Région, promet une procédure d’urgence pour enterrer définitivement le projet.

Par ailleurs, dans une interview accordée il y a quelques jours au Corriere della Sera, et citée dans une dépêche du Monde, Andrea Camilleri se déclarait favorable à l’envoi de l’armée en Sicile, notamment pour protéger les patrons siciliens qui refusent de payer le pizzo, l’impôt mafieux. Selon lui, en effet, la réaction de la mafia après la décision de la Confindustria sicilienne, le syndicat des patrons, de chasser de leurs rangs les chefs d’entreprise qui cèdent au racket, risque d’être particulièrement violente. "La mafia ne peut pas se permettre de laisser trop de gens leur dire non. Cela entraînerait sa propre ruine. Les réactions sont prévisibles. Les risques augmentent. Il faut s’attendre à quelque chose. Et donc intervenir sur-le-champ", estime l’écrivain sicilien. L’armée italienne était déjà intervenue en Sicile, en 1992, au lendemain des assassinats des juges Falcone et Borsellino par la mafia, dont on a célébré en mai dernier le quinzième anniversaire de leur disparition. De plus, Camilleri est convaincu que l’on assiste à un "tournant" dans l’histoire de l’île. "Nombre sont ceux qui se rebellent face à la mafia (...). Ce que nous attendions depuis longtemps – que la société civile fasse entendre sa voix – est en train de se produire", note le père du commissaire Montalbano. Il a manifestement raison puisque lors d’un procès qui s’est tenu ces jours-ci à Palerme, comme l’indique la Repubblica, le patron d’une célèbre trattoria palermitaine, l’Antica Focacceria San Francesco, n’a pas hésité une seconde et a clairement identifié le mafieux qui était venu le racketter. Une petite révolution au pays de l’omertà.


PS: La photo d'Andrea Camilleri ci-dessus est extraite du site du fan club de l'écrivain sicilien: www.vigata.org

18.8.07

Dans les entrailles du volcan


Aussi appelé Mongibello ou plus simplement A’ Muntagna en dialecte, l’Etna est une créature bien vivante, aimée et respectée des Siciliens.

Depuis l’Antiquité, l’Etna, ce "roi des usines à feu" comme l’a appelé Fernand Braudel, a toujours enflammé les imaginations. Sénèque, Pindare, Eschyle, Ovide, pour ne citer qu’eux, en ont longuement chanté la beauté et la puissance. Récemment, Dominique Bertrand, chercheuse et enseignante de l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, a recensé dans un ouvrage (Mythologies de l’Etna) les innombrables mythes et légendes ayant pour décor le volcan sicilien. On y apprend notamment que Zeus y a enseveli le monstre Typhon, fils de Tartare et de Gaïa, qui avait eu l’audace de s’opposer au maître de l’Olympe.
Prisonnier de l’Etna pour l’éternité, ce géant furieux et insoumis tente parfois de se libérer, provoquant au passage de terribles tremblements de terre et vomissant les flammes que l’on voit régulièrement surgir du volcan. C’est aussi l’ultime demeure du philosophe Empédocle qui se serait suicidé en se jetant dans la bouche de l’Etna, non sans avoir pris soin de laisser ses sandales sur le bord du cratère.
Avec ses 3350 mètres d’altitude et sa superficie de 1570 km2, l’Etna est aujourd’hui le plus grand volcan en activité d’Europe. Sans oublier les 58 000 hectares du Parc naturel de l’Etna institué en 1987, offrant une incroyable diversité de paysages grâce à la richesse de sa terre : végétation luxuriante au pied du volcan (vignes, orangers et citronniers), pentes boisées (amandiers, pistachiers et arbres fruitiers) et sommets lunaires (lave et poussières noires).

Il existe plusieurs points de départs pour se rendre sur l’Etna. On y accède soit par le nord à Linguaglossa dont les guides de montagnes proposent plusieurs excursions jusqu’aux cratères sommitaux, soit par le sud à Nicolosi : au refuge de Sapienza (1923m), un téléphérique amène les visiteurs jusqu’à 2500m ; ils sont ensuite conduits en véhicules tous terrains jusqu’aux zones du cratère autorisées. Une fois là-haut, on ne regrette plus les 45 euros que l’on doit débourser pour cette excursion unique et inoubliable, surtout lorsqu’on a la chance de l’entendre mugir ou de le voir s’animer. En hiver, les amoureux de la glisse peuvent même s’adonner à leur sport favori (ski et snowboard) sur les pentes enneigées du volcan. Gageons que l’idée de skier tout en apercevant la mer risque d’en séduire plus d’un !

17.7.07

Fanfares siciliennes version world music


Roy Paci et le groupe Banda Ionica revisitent le répertoire traditionnel des fanfares et processions de l’île. A écouter d'urgence!

J’ai promis dans ce blog de vous faire partager mes coups de cœur. Eh bien, le moment est venu de vous parler musique ! Quand on dit musique sicilienne, on pense immédiatement aux airs de mandolines, de tarentelles et autres joyeuses mélodies accompagnées à la guimbarde. Peu connues, en revanche, sont les fanfares traditionnelles, qui font pourtant partie du patrimoine musical de l’île. Pas la moindre ville, le moindre village, la moindre bourgade qui ne possède sa propre fanfare municipale. Celle-ci, en effet, joue un rôle capital dans la vie de la communauté puisqu’elle accompagne les processions lors des grandes fêtes religieuses, notamment à Pâques durant la Semaine sainte, ou lors des funérailles de quelque personnage important.
En 1997, deux musiciens de génie (Fabio Barovero du groupe turinois Mau-Mau et Roy Paci, trompettiste talentueux qui a joué notamment avec Manu Chao) ont eu l’idée de former un groupe, Banda Ionica, afin de dépoussiérer les marches funèbres, composées à la fin du XIXe siècle, jouées autrefois aux enterrements dans toute l’Italie méridionale. Le groupe, qui réunit une vingtaine de jeunes instrumentistes des environs de Syracuse et Catane, a enregistré un premier CD, intitulé Passione, reprenant des morceaux d’anthologie composés par des auteurs italiens de renom comme Enrico Petrella et Amedeo Vella. Il suffit d’écouter cette musique poignante qui oscille entre le tragique et l’élégiaque pour être immédiatement transporté dans les ruelles baroques ou les sentiers de Sicile, derrière un noir cortège avançant d’un pas lourd et grave. Plusieurs morceaux de cet album ont même été repris au cinéma, l’un figurant dans la bande originale de La fille sur le pont, de Patrice Leconte.
En 2002, le groupe sort un deuxième CD, Matri Mia. Cette fois, à la musique des fanfares viennent s’ajouter des chansons interprétées par des artistes internationaux comme El Mono Loco du groupe espagnol Macaco, Arthur H, Vinicio Capossela (le « Tom Waits » italien), Mauro Ermanno « Giò » Giovanardi, chanteur de La Crus et Cristina Zavalloni. Un disque qui rentre davantage dans la catégorie world music et salué par la critique qui l’a qualifié d’ « imperdibile » ! Je confirme, absolument sublime ! Depuis ce véritable chef-d’œuvre, le groupe marque une pause.
Mais l’incroyable Roy Paci n’a pas dit son dernier mot puisque ce musicien, compositeur, arrangeur inspiré et créateur du label indépendant Etnagigante vient de sortir un nouveau CD avec son groupe Roy Paci & Aretuska, intitulé Suonoglobal avec le grand Manu Chao en guest star. A bon entendeur, salut !

29.6.07

La Sicile à Paris


Avant de vous embarquer pour l’île, faites donc un détour par la « maison de la Sicile » à Paris, pour un avant-goût des délices qui vous attendent.

Connaissez-vous Casa Sicilia ? Voilà une organisation qui a ouvert ses portes au 98 boulevard Haussmann à Paris en juillet 2004 en se donnant pour but de promouvoir l’image de la Sicile en France, à travers l’art, la culture, le tourisme, la gastronomie et l’artisanat, bref tout ce qui fait le charme (infini !) de l’île. Grâce au bel espace de 850 mètres carrés dont elle dispose sur deux étages, Casa Sicilia organise régulièrement des événements sur ces thèmes : conférences, expositions ou encore séances de dégustation de produits typiques. C’est ainsi que l’on peut découvrir jusqu’au 29 juillet prochain de superbes objets en céramique (voir photo) en provenance du musée de Caltagirone, l’une des quatre grandes villes traditionnelles de la céramique sicilienne, aux côtés de Burgio, Santo Stefano di Camastra et Sciacca.
Mais on peut également y acheter les riches produits de la gastronomie de l’île : vins et huiles d’olive a.o.c. bien sûr, mais aussi différentes sortes de sauces et de pesto pour accompagner les pâtes, de délicieuses pâtisseries, et même la fameuse « coppola », la typique casquette sicilienne, si populaire chez les mafieux qu’elle en est devenue l’emblème. D’ici la fin de l’année, on pourra également goûter à la légendaire cuisine sicilienne dans le petit restaurant qui devrait s’installer au rez-de-chaussée.
Enfin, Casa Sicilia, c’est aussi Casa Sicilia Voyages, qui propose des circuits thématiques originaux, des autotours sortant des sentiers battus et des séjours taillés sur mesure. Incontournable pour explorer les mille et une merveilles de l’île.